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Philosophie Rasta chapitre 6

Philosophie rasta chapitre 6

L’esclavage

L’Afrique toute entière, et les rivages de la mer Rouge en particulier, ont longtemps été le théâtre d’un esclavage institutionnalisé qui ne fait toujours pas mine de disparaître. L’Abyssinie n’a pas échappé à la règle. La société féodale du coin a puisé ses serfs dans les réserves humaines des vallées primitives à l’ouest du pays pendant des siècles. Mais au XVIème siècle, les Européens ont commencé à intensifier leurs achats d’esclaves. Ils se fournissaient surtout à l’ouest du continent, auprès des tribus esclavagistes des côtes. La traite des Noirs s’est développée du Sénégal à l’Angola actuels, et particulièrement sur les rivages qui portent le doux nom de Côte des Esclaves, au Nigéria, au Bénin, au Togo et au Ghana actuels, où la savane domine. Des membres des tribus Ewe, Fon, Ibo, Akan, Ga-Adangmé, Yoruba, Ashanti, « Kromanti » notamment ont ainsi été déportés par millions. Ils ont été mélangés à des Bantous venus du Congo et d’Angola et à des déportés originaires des forêts qui s’étendent à l’est de la Guinée et du Cameroun jusqu’au cœur de l’Afrique équatoriale. La seule résistance possible était la sauvegarde individuelle de leurs cultures désormais prohibées.

La Jamaïque était un des principaux marchés aux esclaves du nouveau monde. Les lucratives plantations de canne à sucre nécessitaient beaucoup de main d’œuvre, et bientôt les négriers blancs ont eux-mêmes organisé d’ignobles raffles et chasses à l’homme en Afrique de l’ouest. Ce tragique épisode, le plus souvent refoulé par les Antillais du vingtième siècle qui préfèrent oublier, sera rappelé avec force par des Rastas comme Peter Tosh (Four Hundred Years, 1970), Bob Marley (Slave Driver, 1973) ou Burning Spear (Slavery Days, 1975). Les tambours et les langues africaines étaient interdits en Amérique, comme tout ce qui pouvait inciter à l’unité et à la révolte des prisonniers. Les seules musiques autorisées étaient d’origine française, espagnole, et naturellement avant tout britannique et irlandaise dans la colonie anglaise de Jamaïque.

Abîme infranchissable entre événement réel et événement historique,

incompatibilité totale, absolue,

incommunication incommensurable,

absence de commune mesure même possible,

le présent quelque soit le temps,

le passé qui s’avance, qui monte qui nous atteint,

et pour chaque homme il vient une minute, une heure, un jour où la culpabilité devient historique.

Si la mémoire des siècles nous revenait ainsi que les voix des morts, ils nous enjoindraient de disposer du monde au lieu d’un éternel recommencement.

Vous rappelez-vous les jours de l’esclavage?
Vous rappelez-vous les jours de l’esclavage?

Et comment ils nous ont battus
Et comment ils ont travaillé si dur nous
Et ils nous ont utilisés
Jusqu’à ce qu’ils nous refusent
Vous rappelez-vous les jours de l’esclavage?
Et un gros taureau gras
Nous avons l’habitude tirez partout
Nous devons tirer
Avec chaines  autour de notre cou
Et je ne peux plus les voir

Vous rappelez-vous les jours de l’esclavage?

Mon frère il se sent
Y compris mes sœurs aussi
Certains d’entre nous survivent
en leur montrant que nous sommes encore vivants

Vous rappelez-vous les jours de l’esclavage?

L’histoire peut rappeler, l’histoire peut se rappeler
L’histoire peut rappeler l’époque de l’esclavage
temps de l’esclavage Oh! Oh temps de l’esclavage!

Si je me souviens, s’il vous plaît souvenez-vous
souvenez-vous, souvenez-vous, souvenez-vous
temps de l’esclavage Oh! Oh temps de l’esclavage!

Burning Spear

Chanson de la rédemption

Vieux pirates oui ils m’ont volés
Et vendus aux bateaux d’esclaves
Quelques minutes après qu’ils m’aient attrapé de la plus profonde fosse
Par la main du Tout-Puissant
Nous avançons dans cette génération triomphante
Ne voudrais tu pas m’aider à chanter ces chansons de liberté?
Parce que tout ce que j’ai c’est des chansons de rédemption
Des chansons de rédemption

Emancipez-vous de l’esclavage mental
Personne d’autres que nous-mêmes ne peut libérer nos esprits
N’ayons pas peur pour l’énergie atomique
Car personne ne peut arrêter le temps
Combien de temps encore tueront-ils nos prophètes?
Pendant que nous nous tenons à part et regardons
Certains disent que c’est juste un passage
Nous devons accomplir la prophétie
Ne voudrais tu pas m’aider à chanter ces chansons de liberté?
Parce que tout ce que j’ai c’est des chansons de rédemption
Des chansons de rédemption

Bob Marley

Traites négrières

Les traites négrières, également appelées traite des Nègres ou traite des Noirs, désignent des commerces d’esclaves dont ont été victimes, par millions, les populations de l’Afrique sub-saharienne durant plusieurs siècles. Pour la définir, il faut associer et combiner les six éléments suivants :

  • les victimes étaient des Noirs ;
  • les traites supposaient des réseaux d’approvisionnement parfaitement organisés et intégrés ;
  • les populations serviles n’étaient pas suffisamment fécondes pour se renouveler ;
  • l’endroit où l’être humain était capturé et le lieu de sa servitude étaient éloignés l’un de l’autre ;
  • si ceux qui utilisaient les esclaves pouvaient être également producteurs d’esclaves, la plupart du temps, il y avait des producteurs et des acheteurs, la traite correspondant à un échange tributaire ou commercial ;
  • la traite étant essentiellement une activité marchande, les entités politiques des différentes civilisations approuvaient ce commerce et en retiraient des bénéfices substantiels.

Cependant, la traite doit être distinguée de l’esclavage qui « consiste à exercer sur une personne l’un quelconque ou l’ensemble des pouvoirs liés au droit de propriété ». La traite est automatiquement liée à l’esclavage. Elles se renforcent mutuellement. Mais la réciproque est fausse. Il existe des systèmes esclavagistes dans lesquels la traite n’est pas présente, comme les États du sud des États-Unis au XIXe siècle. La traite doit aussi être distinguée de la notion contemporaine de Trafic d’êtres humains.

Il y a eu trois traites négrières : la traite orientale, la traite occidentale et la traite intra-africaine. Les traites négrières ont été un phénomène historique de très grande ampleur en raison du nombre de victimes, de sa durée, de la multitude de producteurs et d’acheteurs aux cultures et aux motivations différentes, des nombreuses méthodes d’asservissement, des multiples opérations de transports sur de très longues distances et de la réduction de ces êtres humains en esclaves et en main d’œuvre servile.

Un commerce d’hommes influents

La traite négrière, qui comporte d’importants risques militaires, nécessite une surface financière conséquente: on n’y trouve guère d’artisans ou petits marchands mais surtout des officiers supérieurs, la plupart du temps très proches de la royauté, ou des financiers confirmés. Un homme d’origine plus modeste, comme Henry Morgan, s’y fait une place grâce à son statut de leader des pirates de la caraïbe au début des années 1670.

Craints et respectés dans leur milieu, ces hommes disposent d’un pouvoir considérable, qui explique le développement très rapide de la traite entre 1665 et 1750 et l’acquisition de fortunes considérables, à une époque où l’argent est rare et circule peu, l’absence d’industrie limitant les possibilités de s’enrichir vite. Leur influence amène l’Angleterre puis la France à se rapprocher de l’Espagne pour l’approvisionner en esclaves, alors que le Traité de Tordesillas interdit encore à cette dernière l’accès aux côtes d’Afrique.

Trois grandes traites négrières

La traite orientale

Article détaillé : Traite orientale.

La traite dite orientale se caractérisait par ses voies commerciales (traversée du Sahara, de la Méditerranée, de la mer Noire, de la mer Rouge) et ses principaux marchés aux esclaves (grandes villes d’Afrique du nord et de la péninsule arabique, puis de Turquie), contrôlées par l’Empire arabe puis par l’Empire ottoman, formations politiques qui dominaient militairement, culturellement et économiquement cette région du monde. Au Moyen-Âge, une partie de ces esclaves terminaient leurs périples en Europe méridionale – dont une partie significative était d’ailleurs sous contrôle musulman : la péninsule ibérique avec l’Al-Andalus jusqu’au XVe siècle, la Sicile jusqu’au XIe siècle, les Balkans à compter du milieu du XIVe siècle avec les Ottomans. La traite d’esclaves noirs vers l’Europe méridionale se poursuivit après la Reconquista, surtout vers la Sicile et les royaumes de la couronne d’Aragon. Après le Moyen Âge, quelques esclaves noirs arrivèrent jusqu’en Russie par l’intermédiaire de l’Empire ottoman qui contrôlait la quasi-totalité du pourtour de la mer Noire.

Contrairement à une idée fréquemment diffusée, la traite orientale n’avait pas principalement des finalités sexuelles et ne touchaient pas davantage les femmes que les hommes. La traite orientale fournissait une main d’œuvre servile employée certes à des travaux domestiques et de services (employés de maison, tâches d’entretien des palais et des infrastructures, activités directement ou indirectement sexuelles : harem, concubines, prostitution, eunuques), mais également dans l’agriculture, l’artisanat et l’extraction minière ou le métier des armes.

La traite orientale a été à la fois la plus longue et la plus régulière des trois traites, ce qui explique qu’elle ait globalement été la plus importante en termes de nombre d’individus asservis : le chiffre de 17 millions de noirs réduits à l’esclavage est avancé par l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, et cela sur une période allant du VIIe siècle à 1920.

L’esclavagisme oriental ne se limitait pas uniquement aux populations noires. D’autres groupes ethniques étaient aussi réduits en esclavage et vendus, notamment des Européens, même si cela avait lieu dans des proportions bien moindre. Elle prélevait ainsi des populations en provenance des steppes turques d’Asie centrale et de l’Europe orientale slave ; elle suscita également des opérations de razzias dans le monde chrétien (sud de l’Europe, Empire byzantin).

Par ailleurs, des inscriptions javanaises et des textes arabes montrent qu’aux IXe et Xe siècles, l’Indonésie entretenait des échanges commerciaux avec l’océan Indien et la côte est de l’Afrique. Les inscriptions parlent d’esclaves jenggi, c’est-à-dire « zengi », employés à Java ou offerts à la cour de Chine. En arabe, Zeng ou Zenj désigne à l’époque les habitants de la côte est de l’Afrique.

La traite occidentale

Article détaillé : Commerce triangulaire.

Les débuts de la traite occidentale

La traite atlantique, la plus connue et la plus intense, fut un commerce d’Africains au profit d’autres Africains, d’un côté, et d’Européens (Espagnols, Portugais, puis Anglais, Français, Néerlandais, Danois, Suédois et ensuite Brésiliens et Cubains), de l’autre.

Elle débuta en 1441 par la déportation de captifs africains vers la Péninsule ibérique. Cette destination dura plusieurs décennies. Ensuite les Portugais convoyaient les esclaves vers les Caraïbes et l’Amérique du Sud. Progressivement, les Hollandais, les Anglais puis les Français organisèrent leur propre traite.

En 1453, avec la chute de Constantinople, les négociants européens étaient évincés du commerce transméditerranéen. Des relations commerciales avec l’Afrique subsaharienne furent alors progressivement mises en place, initiées par le prince Henri le Navigateur. La première vente de captifs noirs razziés des côtes atlantiques avait eu lieu en 1444, dans la ville portugaise de Lagos.

Le Vénitien Alvise Ca Da Mosto organisa deux expéditions en partance pour les côtes de l’Afrique subsaharienne, en 1455 et en 1456.

D’une part, c’est en vue de contourner la mainmise arabe sur les routes du commerce lointain avec l’Orient que le prince Henri le Navigateur initie et finance l’exploration maritime des côtes atlantiques, à partir de 1422. D’autre part, il s’agit de nouer une alliance avec l’Ethiopie, royaume du légendaire prêtre Jean, voire de soumettre des nations à Jésus, afin de contenir l’expansion mondiale de l’islam au détriment de la chrétienté.

Les considérations religieuses étaient d’emblée prégnantes, aux côtés de considérations politiques et commerciales dans l’ouverture de routes maritimes atlantiques. En 1442, puis en 1452, les papes Eugène IV et Nicolas V entérinèrent les conquêtes du roi Alphonse V de Portugal.

Coupe d’un navire négrier tel que figurant dans la bande dessinée les Passagers du vent.

Le commerce triangulaire

Ce commerce représente l’apogée de la traite négrière. Pour ses commanditaires, il représentait le modèle économique le moins aléatoire et le plus rentable, puisque le traitant n’avait pas lui-même à organiser et à exécuter de razzias pour capturer les esclaves; ceux-ci étaient achetés à des fournisseurs africains.

Les navires négriers partaient de l’Europe avec dans leurs cales des tissus, de l’alcool et des armes. Ces marchandises étaient troquées sur les côtes africaines contre des captifs.

Une fois leurs cales pleines d’esclaves, les navires négriers quittaient les côtes africaines pour rejoindre l’Amérique du Sud, les Caraïbes ou l’Amérique du Nord. Lors de ces voyages, les conditions de détention des esclaves étaient extrêmement dures. Ils étaient attachés, par groupes, entassés dans les cales du navire, et seulement sortis de temps à autre pour prendre l’air. Ainsi, le taux de mortalité moyen était de 10 % à 20 %, avec des pics à 40 %.

Ils étaient vendus contre des lettres de change ou des matières premières comme du coton, du sucre ou du café. Ensuite les navires négriers repartaient vers l’Europe. C’est la croissance de l’économie sucrière des Caraïbes qui a développé ce commerce en faisant monter le prix des esclaves sur les côtes africaines et en abaissant le prix du sucre par une production à grande échelle.

Les premiers esclaves africains arrivent à Cuba en 1513, deux ans après l’arrivée des espagnols. Mais l’Espagne ne possédait pas de comptoirs de traite en Afrique, par respect pour le traité de Tordesillas, et concédait ou vendait à des particuliers des licences d’importation, l’Asiento. En 1763, il n’y avait pas plus de trente-deux mille esclaves à Cuba. La culture sucrière, sans être négligeable, était très loin du niveau des colonies françaises comme Saint-Domingue ou anglaises comme la Jamaïque. Après la longue guerre qui dure de 1791 à 1803 contre les esclaves noirs, beaucoup de propriétaires français de Saint-Domingue fuient à Cuba où sont introduits de 1792 à 1860 plus de sept cent vingt mille esclaves, plus qu’au cours des deux siècles précédents.

Ce commerce avait véritablement pris son essor en 1674 lorsque les français et les anglais ont créé des compagnies spécialisées, comme la Compagnie du Sénégal et la Royal African company pour approvisionner en esclaves et développer des plantations de sucre aux Antilles, jusque là quasiment inexistantes. La Martinique n’avait encore que 2 600 esclaves noirs en 1674, ils seront 90 000 un siècle plus tard. D’immenses fortunes se sont bâties et de nombreuses villes se sont développées : Bordeaux, La Rochelle, Le Havre et surtout Nantes ainsi que des villes britanniques, hollandaises, portugaises, mais ces fortunes ne sont la plupart du temps pas réinvesties dans l’industrie locale. Malgré le dynamisme des Irlandais de Nantes, négriers dans la capitale du commerce triangulaire, l’arrière-pays chouan reste sous-développé.

La traite intra-africaine

La traite intracontinentale des Noirs africains remonte au moins au XIe siècle. Dans de rares cas, cet esclavagisme continental a même conduit à la mise en place de sociétés dont la plus grande partie était esclave. Cependant, cette traite interne au continent africain demeure la plus obscure et la moins documentée des trois traites.

Pour Peter Manning, la part de la traite intra-africaine relativement à l’ensemble de la traite a été de plus en plus importante au XIXe siècle : avant 1850, un tiers des captifs survivants restaient sur place alors que les deux autres tiers étaient exportés ; entre 1850 et 1880, le nombre de captifs africains restant sur place devint supérieur au nombre des captifs des traites occidentales et orientales ; après 1880, la quasi totalité des captifs restèrent sur place. Manning estime à un peu plus de 14 millions le nombre d’individus réduits en esclavage et restant sur place, soit plus de la moitié des captifs exportés par les traites occidentales et orientales.

La chercheur canadien Martin A. Klein considère que, bien avant 1850, le nombre de captifs restant en Afrique occidentale était plus élevé que le nombre de captifs exportés par les traites occidentales. Pour lui, même pendant les années où les exportations d’esclaves des traites occidentales atteignaient une intensité maximale, les captifs restant sur place -principalement des femmes et des enfants- étaient plus nombreux.

L’abolitionnisme

Article détaillé : Abolition de l’esclavage.

Dès la fin du XVe siècle, la papauté tente de mettre un terme à la traite et condamne l’esclavage : c’est le cas de Pie II, de Paul III, de Pie V, d’Urbain VIII ou encore de Benoît XIV.

Puis les abolitionnistes de la traite des noirs furent les noirs eux-mêmes, à travers les protestations, révoltes et soulèvements. Certains groupes formèrent de véritables principautés, à l’image de l’île de Saint-Domingue-Haïti.

La révolution Française abolit l’esclavage en 1794. Mais le premier consul Bonaparte le rétablit en 1802. Il l’abolira de nouveau en 1815, décision non prise en compte par Louis XVIII.

Le Royaume-Uni abolit la traite des noirs en 1807. L’esclavage ne le sera qu’en 1833. Les États-Unis abolissent la traite en 1808. Une ordonnance de Louis XVIII abolit la traite négrière en 1817. Désormais elle devient illégale, mais reste clandestine.

Au Congrès de Vienne (1815), Talleyrand obtient de pouvoir participer aux conférences initialement réservées aux quatre vainqueurs en promettant à Castlereagh de soutenir la position britannique sur l’interdiction de la Traite des noirs. L’interdiction de la traite (et non de l’esclavage) est adoptée dans le texte final.

Malgré l’abolition de la traite par plusieurs pays, celle-ci continua de perdurer dans les faits. Cette traite illégale perdura d’autant que la demande des propriétaires terriens était importante, le système économique des grandes exploitations étant basé sur l’esclavage.

La traite est illégale et non pas clandestine. En effet, jusqu’au milieu des années 1820, des négriers français sont armés dans les ports de Nantes ou de Bordeaux, à la vue de tous. Ils bafouent délibérement la loi. Entre 1815 et 1833, on recense 353 bateaux de traite dans le port de Nantes. L’Angleterre mène une lutte sur les mers pour réprimer cette traite illégale, essentiellement pour des raisons d’équilibre économique. Mais les milieux d’affaires français doutent de sa sincérité. Ils l’accusaient de vouloir ruiner la France et de saborder la relance économique. Continuer de faire la traite apparaît comme un acte patriotique : pour la richesse de la France.

La traite négrière disparaît grâce à des accords entre la France et le Royaume-Uni : le droit de visite. Les marines royales croisent sur les côtes occidentales africaines. Leur mission est de visiter les lieux de la traite et même les navires marchands, afin de s’assurer que ceux-ci ne transportent pas d’esclaves. Cette croisière dite de répression s’avère très efficace. On dénombre après 1835 20 navires français à s’être livrés à la traite. Le Brésil abolit officiellement la traite en 1850, alors que le dernier navire négrier arrive à Cuba en 1867.

Si la traite atlantique a disparu, une traite persiste entre l’île de Zanzibar et le monde arabe. Alexandrie est de nouveau, dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’un des principaux marchés à esclaves. On estime à 1,65 millions de personnes le nombre des victimes de la traite transsaharienne entre 1800 et 1880.

Une nouvelle forme de traite apparaît : le commerce des coolies ou coolie trade.

Si l’abolitionnisme chez les esclaves correspond à une révolte contre une condition inhumaine, l’abolitionnisme européen, lui, répond plus à des réalités économiques.

Le nombre de victimes des traites négrières

Olivier Pétré-Grenouilleau, est l’historien qui met le plus l’accent sur la traite orientale, la plus difficile à chiffrer en raison de sources dispersées sur une période de temps plus ancienne. Il estime à 42 millions le total de victimes pour trois traites négrières :

  • la traite orientale, faite par les Arabes : 17 millions de personnes, mais d’autres historiens citent un chiffre deux fois inférieur.
  • la traite intra-africaine: 14 millions de personnes, dont une partie est ensuite revendue à des européens ou des arabes.
  • la traite atlantique, faite par les Européens et les Américains : 11 millions de personnes, dont l’essentiel à partir de la fin du 17ème siècle.

En 1997, Hugh Thomas donnait un total de 13 000 000 d’esclaves « ayant quitté l’Afrique » lors de la traite atlantique, dont 11 328 000 arrivés à destination au moyen de 54 200 traversées. Il affecte au Portugal (y compris le Brésil) 30 000 de ces traversées.

Toutefois, dans ses estimations le Danemark, par exemple, est censé avoir déporté 50 000 esclaves avec 250 traversées. Or, selon l’historien danois Per Hernaes, « on peut estimer aujourd’hui à environ 85 000 le nombre total d’esclaves transportés sur des navires danois entre 1660 et 1806. »

En 2001, David Eltis arrivait à un total de 11 062 000 déportés pour 9 599 000 esclaves débarqués aux Amériques, entre 1519 et 1867. Ce sont ses estimations que Petré-Grenouilleau a reprises dans son livre Les Traites négrières, Essai d’histoire globale. En décembre 2008, David Eltis lance la plus large base de données consacrée à la traite négrière atlantique : The Trans-Atlantic Slave Trade Database, elle fait état de 12 521 336 déportés entre 1501 et 1866.

En 1998, Eric Saugera propose les estimations suivantes :

  • les traites arabes : entre huit et douze millions d’individus
  • traite atlantique : 9,5 millions importés
  • traite transsaharienne : 7,2 millions
  • traite orientale : 2,3 millions

Quant à Serge Daget, en 1990 voici ses estimations :

  • traite atlantique : 11 700 000
  • traite transsaharienne : 7 400 000
  • traite orientale : 4 280 000

En 1982, Joseph Inikori estime à 15 400 000 le nombre de déportés par la traite atlantique, tandis que Paul Lovejoy proposait 11 698 000 déportés (pour 9 778 500 débarqués) ; chiffre qu’il portera à 11 863 000 en 1989.

En 1979, Ralph Austen présentait des estimations, notamment sur la traite orientale :

Traite saharienne

  • en pourcentage
    • 650-1450 : 54,4
    • 1451-1600 : 10,3
    • 1601-1700 : 9,5
    • 1700-1800 : 9,6
    • 1800-1900 : 16,2
  • en individus
    • Total départ : 9 387 000 y compris les captifs n’ayant pas atteint la zone méditerranéenne (372 mille), car restés en bordure désertique.
    • Total arrivée : 7 450 000
    • Pertes : 1 937 000

Traite orientale

  • en pourcentage
    • 800-1450 : 40,0
    • 1450-1890 : 60,0
  • en individus
    • Total départ : 5 000 000
    • Total arrivée : 4 900 000
    • Pertes : 100 000

Soit au total 14 387 000 d’individus au départ, et 12 350 000 à l’arrivée et pour l’ensemble des traites arabes.

Toutefois, en 1987, Austen porte à 8 millions le nombre de déportés de « la traite orientale » entre 650 à 1920 (au lieu des 5 millions reportés ci-dessus pour la période 800-1890) ; ce qui donnait globalement 17 387 000 déportés pour les traites arabes. C’est cette dernière estimation que Petré-Grenouilleau a reprise en 2004, mais qu’il n’avait pas retenue en 1997. Depuis, Ralph Austen estime à « environ 12 millions » le nombre de déportés par les « traites arabes ».

En 1969, Philip Curtin proposait 9 566 100 déportés par la Traite atlantique. Nombre d’estimations ultérieures se sont appuyées sur les travaux de Curtin, en affinant certains aspects (notamment la traite illégale) pour parvenir à des chiffres, ou bien supérieurs (Inikori), ou bien inférieurs (Lovejoy).

Des archives encore inexploitées

  • D’après Eric Goebel, des archives nationales du Danemark, « on estime que les archives des compagnies commerciales danoises possèdent approximativement quelque 4 500 pièces. Ces nombreux registres et liasses de documents occupent l’équivalent de 400 mètres linéaires sur des étagères ».
  • Selon Dra Rosa Cruz e Silva, les fonds documentaires du seul Angola sur la traite négrière comportent 3 448 manuscrits occupant six kilomètres d’étagères. Et cela ne représente qu’une petite partie des archives angolaises, car « […] la plus grande partie de la documentation, la plus ancienne sur notre pays, la documentation sur les XVe, XVIe, XVIIe siècles […] est encore aujourd’hui au Portugal, la puissance coloniale. » Quand on songe à l’importance de la région d’Angola, démembrement de l’ancien royaume Kongo, comme lieu de départ d’une forte proportion des déportés par la traite atlantique, on voit à quel point les estimations actuelles sont parcellaires ; et susceptibles de corrections substantielles dans les années à venir.

Les conséquences

En Afrique [modifier]

Avec la traite, les sociétés africaines ont connu de profonds bouleversements.

L’impact social

Lors d’un colloque sur La tradition orale et la traite négrière, il a été présenté que la traite négrière a été dévastatrice pour l’Afrique sur les plans social et économique.

Selon le professeur Gueye Mbaye :

« dans certains secteurs, les populations avaient renoncé à vivre dans de gros villages pour se contenter de petits hameaux éparpillés à l’intérieur de la forêt et auxquels on n’accédait que par des sentiers le long desquels on avait établi des ruches d’abeilles guerrières qui en interdisaient l’accès à toute cavalerie. C’est compte tenu de tout ceci que les vieillards interrogés sur les stagnations voire la régression de l’agriculture africaine sont unanimes à incriminer « la période des chevauchées permanentes ». »

Selon Eduardo Galeano, la situation globale de l’Afrique au temps de la traite négrière est à mettre en parallèle avec celle de l’Amérique et des Amérindiens. Il existe selon lui une indéniable corrélation entre l’extermination de ces derniers et la déportation de millions d’Africains dans les mines et plantations américaines ; entre l’effondrement des cultures (matérielles et spirituelles) amérindiennes au contact des Européens et l’agonie des sociétés traditionnelles africaines au sortir de la conjoncture négrière atlantique.

L’impact économique [modifier]

Dans sa contribution à l’ouvrage collectif The Oxford History of the British Empire, l’ historien David Richardson estime  que les profits de la traité négrière n’ont représenté environ qu’un pour cent des investissements réalisées dans les premières années de la révolution industrielle britannique. De grands ports négriers comme Bristol, ou encore Nantes en France, n’ont pas connu de décollage industriel, leur arrière-pays restant rural, car les profits de la traite négrière ont dans leur quasi-totalité été investis dans des placements fonciers.

Le pardon

« Le pardon est là précisément pour pardonner ce que nulle excuse ne saurait excuser », répond le philosophe Vladimir Jankélévitch

En premier lieu, parce qu’on entretient l’équivoque, notamment dans les débats politiques qui réactivent et déplacent aujourd’hui cette notion, a travers le monde on entretient l’équivoque. On confond souvent, parfois de façon calculée, le pardon avec des thèmes voisins : l’excuse, le regret, l’amnistie, la prescription, etc., autant de significations dont certaines relèvent du droit, d’un droit pénal auquel le pardon devrait rester en principe hétérogène et irréductible. Jacques Derrida

« Le pardon est certainement l’une des plus grandes facultés humaines et peut-être la plus audacieuse des actions, dans la mesure où elle tente l’impossible – à savoir défaire ce qui a été fait – et réussit à inaugurer un nouveau commencement là où tout semblait avoir pris fin. » Hannah Arendt

Le rasta pense que l’esclavage est impardonnable, que c’est un crime contre l’humanité. Pour le rasta, l’homme est Jah, les crimes contre les hommes sont des crimes contre Jah. Le rasta dans sa philosophie n’a pas à pardonner car il ne met pas sa vie dans une situation d’offense pardonnable, le système de vie naturel n’implique aucune agressivité qui rentre dans le cadre du pardon. Le rasta sait que l’esclavage, le colonialisme, le système économique et sa domination perpétuent l’esclavage. C’est un esclavage mondial. Ce crime ne peut être pardonné que s’il implique un changement d’attitude concret. La majorité des multinationales et des grosses fortunes ont été faites sur l’esclavage, seule une implication réelle et matérielle a une signification pour le rasta. L’évolution des consciences basée sur la responsabilité des hommes vivants sur cette planète à travers l’éducation des nouvelles générations implique de redonner une éthique et un respect pour l’autre.

Le tribunal de Nuremberg jugeant les nazis pour crime contre l’humanité, reproduisait l’idée de jugement. Le rasta ne veut pas reproduire l’idée de jugement comme les nazis l’ont fais sur les juifs, mais plutôt d’inculquer la responsabilité de leur conscience d’homme et de s’impliquer personnellement dans la reconstruction de ce qu’ils avaient détruis.

Le colonialisme est une doctrine ou une idéologie justifiant la colonisation entendue comme l’extension de la souveraineté d’un État étranger sur des territoires situés en dehors de ses frontières nationales. La notion intellectuelle du colonialisme est cependant souvent confondue avec la pratique même de la colonisation étant donné que l’extension de sa souveraineté par un État implique dans les deux cas la domination politique et l’exploitation économique du territoire annexé.

L’idéologie colonialiste a été développée durant la seconde partie du XIXe siècle par le mouvement colonial dans la plupart des États européens. Elle était fondée sur la notion d’impérialisme et tentait de donner un fonds de doctrine politique à la nouvelle vague de colonisation. Elle s’est appuyée sur la doctrine juridique élaborée depuis le XVIe siècle qui justifiait l’occupation de territoires sans maître ou non constitués sous forme d’État comme mode légal d’acquisition.

Les possessions coloniales que la France détenait au début des années 1870 étaient maigres et dispersées. Elles ne résultaient pas d’une politique globale cohérente d’expansion. Cependant, des écrivains français comme Alexis de Tocqueville commençaient à exposer les perspectives d’avenir qu’offrait une colonisation cohérente en comparant les ressources de l’Algérie à celles des Indes Britanniques. En fait la France tout comme l’Allemagne n’avait pas à ce moment de vocations coloniales ni d’idéologie coloniale, la première étant traumatisée par l’amputation de l’Alsace-Lorraine par la seconde.

À partir de 1870, deux groupes de pression, la marine et les géographes, allaient s’employer à définir une doctrine politique cohérente favorable à la colonisation. Alors que l’école maritime soulignait la vocation ultramarine de la France, les géographes élaboraient la doctrine coloniale propageant l’idée que la France devait participer à la grande aventure d’outre-mer. L’économiste Paul Leroy-Beaulieu (1843-1916) devint à ce moment le grand théoricien du colonialisme français. Sa doctrine reposait sur une nouvelle approche de la colonisation qui reposerait non sur une émigration seulement des hommes mais aussi des capitaux. Elle était non seulement un palliatif à la perte de l’Alsace-Lorraine mais une exhortation patriotique et nationaliste. Un peuple qui veut conserver sa vitalité doit s’étendre et essaimer. Le Royaume-Uni, les États-Unis, la Russie et même la Chine s’étaient engagées dans cette voie, l’avenir de la France était outre-mer. Le message fut particulièrement bien reçu par les hommes politiques comme Jules Ferry et Léon Gambetta davantage que par les capitalistes et les libéraux. C’est ainsi essentiellement qu’entre 1870 et 1914, la France se constituait un empire colonial gigantesque, le deuxième du monde après celui de la Grande-Bretagne.

« Colonisation: tête de pont dans une civilisation de la barbarie d’où, à n’importe quel moment, peut déboucher la négation pure et simple de la civilisation.

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader ». Aimé Césaire

L’histoire du capitalisme soulève de nombreuses polémiques, sujets de confrontation entre les grands courants politiques et économiques : impérialisme, colonialisme, inégalités, crises économiques, exploitation, mais aussi démocratie, liberté, développement, richesse et abondance sont autant de termes et concepts maniés par les auteurs qui ont étudié le sujet.

« Le premier qui ayant enclos un terrain s’avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : « Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne ! » »

Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine de l’inégalité, 1755

Le Capital mourrait si, tous les matins, on ne graissait pas les rouages de ses machines avec de l’huile d’homme.   [Jules Vallès]

« Je vous le dis aujourd’hui, mes amis, bien que, oui bien que nous ayons à faire face aux difficultés d’aujourd’hui et de demain, je fais pourtant un rêve. C’est un rêve profondément ancré dans le rêve américain.

Je rêve qu’un jour, notre nation se lèvera pour vivre véritablement son credo : “Nous tenons pour vérité évidente que tous les hommes ont été créés égaux.”

Je rêve qu’un jour, sur les collines rousses de la Géorgie, les fils d’anciens esclaves et les fils d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve qu’un jour, même l’État du Mississippi, un État où l’injustice et l’oppression créent une chaleur étouffante, sera transformé en une oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre jeunes enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je rêve aujourd’hui!

Je rêve qu’un jour, dans l’Alabama, avec ses abominables racistes, avec son gouverneur qui n’a aux lèvres que les mots d’ »opposition » aux lois fédérales et d’ »annulation » de ces lois, que là même en Alabama un jour les petits garçons noirs et les petites filles noires avec les petits garçons blancs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme sœurs et frères[3].

Je rêve aujourd’hui. http://www.dailymotion.com/video/x2vlq1_martin-luther-king-i-have-a-dream-s_news

« Je rêve qu’un jour toute vallée sera élevée, toute colline et toute montagne seront abaissée. Les endroits raboteux seront aplanis et les chemins tortueux redressés. Et la gloire du Seigneur soit révélée et toute chair la verra.» Martin Luther King

Nous ne sommes pas encore libres, nous avons seulement atteint la liberté d’être libres.

Etre libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. [Nelson Mandela]

« Un pays ne peut prospérer longtemps en ne favorisant que les plus prospères ». Barack Obama

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